Le blog de l'Aumonerie des Gymnases Auguste Piccard et du Bugnon

Une présentation des activités de l'Aumônerie des gymnases

Archives de la catégorie “Dossier thématique”

But du Voyage

Il s’agit de la visite du Mémorial de la Shoah avec comme perspective deux thèmes :

  • Pourquoi l’antisémitisme chrétien ?
  • L’un des procès les plus important du XXème siècle : Adolphe Eichmann (thème d’une exposition temporaire du mémorial)

La visite du Mémorial

La visite au Mémorial aura deux temps :

  • Le matin, directement, un travail dans un atelier pédagogique à propos du thème de l’exposition temporaire du moment qui abordera le procès d’Adolphe Eichmann, en 1960. Adolphe Eichmann est l’un des organisateurs du transfert des juifs vers les camps de la mort.
  • Une visite guidée l’après-midi du mémorial en tant que tel et qui aborde, entre autre, un parcours chronologique retraçant l’histoire des juifs de France pendant la Shoah. On aura l’occasion de voir les différentes étapes d’un processus particulièrement odieux envers les personnes de confession israélite.

Guy Labarraque

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l’antisémitisme

La question de l’antisémitisme s’inscrit dans le rapport que l’histoire rapporte à toutes les époques à savoir le rapport entre minorités et société d’accueil. Ce qui distingue le cas du judaisme, pourtant, c’est la durée, l’intensité et la persistance de cette opposition. L’antisémitisme semble faire son lit de trois caractéristiques qui s’avère « unique par leur addition. »

  • Le peuple juif s’identifie à une religion et cette religion se confond avec lui, ce qui n’est pas le cas des autres religions à vocation universelle qui traverse par exemple l’appartenance ethnique, nationale ou autre ;
  • Le judaïsme est à l’origine de la famille monothéiste. Elle pose aux autres familles (christianisme et Islam) ce lien de filiation et de dépassement… Or pour le christianisme cette volonté d’accomplissement change l’opposition ancestrale qui existaient entre lui et les sociétés d’accueil à dominante polythéiste. Le christianisme s’est conçu dans l’idée de se substituer au judaïsme, et donc problème…
  • Enfin le judaïsme, depuis la destruction du Temple de Jérusalem (environ 70 après Jésus-Christ), s’est toujours retrouvé en situation d’éparpillement (on dit de diaspora) avec l’éternelle contradiction de ne pas accepter dans son milieu des gens (pour x raisons) et de leur reprocher ensuite de faire bande à part.

Ce dont on doit prendre note, c’est que le christianisme va donner le cadre (vocabulaire, thématique, etc.) à l’antisémitisme et ce pour le pire.

Bibliographie

Burrin P. (2004), Ressentiment et apocalypse. Essai sur lantisémitisme nazi, Paris, Seuil, 103 p.

Hannah Arendt (1906-1975)

Pourquoi Hannah Arendt ?

Le mémorial de la Shoah s’intéresse, lors de notre visite, aux différents procès de criminels de guerre. Or elle écrira un livre à propos du procès d’Adolphe Eichmann qui fit beaucoup de bruit, tant du côté des membres de la communauté israélienne qu’en occident. Son optique est sans ménagement, elle nous oblige à nous reposer quelques unes des questions fondamentales que suscite le drame de la Shoah.

Quelques mots sur son optique philosophique

Aménager, dans l’esprit de ses contemporains, un espace de mémoire pour la lumière oubliée du politique, tel est le souci ou l’ambition unique qui inspire l’œuvre de Hannah Arendt.

Juive allemande et philosophe, née à Hanovre, formée par deux grands maîtres, Heidegger et Jaspers, elle a connu deux fois l’exil, en France (1933), puis aux États-Unis (1941), dont elle devint citoyenne,

Le titre de son premier livre, Les Origines du totalitarisme (1951), éclaire l’œuvre entière, De celui-ci à son dernier, Du mensonge à la violence (1972), en passant par ses deux ouvrages de 1963, Eichmann à Jérusulem et Essai sur la révolution, Hannah Arendt dresse la généalogie du monstre et de ses avatars, L’analyse de la réalité totalitaire, à savoir le camp de la mort concentrationnaire, la conduit à montrer qu’avec le totalitarisme on a affaire, malgré les différences idéologiques, à un « nouveau type de régime » irréductible aux formes traditionnelles d’oppression politique et caractérisé par la substitution à la loi positive (celle que les peuples choisissent par le vote) d’une loi de mouvement prétendue naturelle (celle dont on serait soumis selon la nature), propre à justifier l’extermination des classes ou des races théoriquement « condamnées » par la nature et l’histoire. Dès lors, la terreur devient légalité et constitue l’essence même du régime en même temps que son principe.

Quant à l’idéologie, à savoir la logique de l’idée (lutte des classes ou lutte des races) à laquelle le processus historique et naturel est censé correspondre point par point, elle constitue une préparation au déchaînement sans frein d’une telle terreur.

L’« homme nouveau » que souhaite produire le régime totalitaire (ici le régime nazi), ce n’est pas le fanatique, mais l’homme générique, c’est-à-dire le pur représentant de l’espèce… Ce qu’il fait, correspond à la suite logique de son conditionnement naturel. Dès lors la société qu’il prétend instituer est dépourvue de toute affectivité comme de toute initiative et de toute opinion. C’est une société privée de mémoire puisqu’elle est un agrégat d’individus interchangeables, sans appartenance et sans pouvoir.

Au-delà, les analyses de Hannah Arendt font ressortir les implications historiques et philosophiques du phénomène totalitaire. La monstruosité doit être comprise comme l’aboutissement d’une maladie de la pensée politique, d’une occultation de l’« esprit originel » des mots clefs de la langue politique, tels que liberté et justice, autorité ct raison, responsabilité et vertu, pouvoir et gloire ».

Guy labarraque

Adapté de l’Encyclopaedia Universalis

L’anti-judaisme de l’apôtre Paul

Avec l’apôtre Paul et les 13 écrits (je ne parle pas ici de Paul décrit par l’évangéliste Luc dans les Actes) que nous avons de lui dans le Nouveau testament, la question de son anti-judaisme se pose différemment que pour les Evangiles et ce pour différentes raisons :

  • Un contexte historique différent
  • Des débats entre « courants »
  • La personne même de Paul

 

Suetone

Le contexte historique

Nous sommes en fait avant la destruction du Temple (environ 70) décidé par les romains, mais dans un contexte loin, mais très loin d’être de tout repos et en particulier du côté des communautés religieuses se rattachant au judaïsme. La question autour de la personne de Jésus est bien évidemment centrale. Comme on peut l’imaginer si « on se dispute » à propos de Jésus dans le cadre des différents courants du judaïsme, on peut sans problème imaginer ce qu’il en est du côté des romains, ils ne suivent pas… Lorsque l »historien Suetone (lui aussi avec plusieurs dizaines d’années après) évoque cette question, il montre bien que l’Empereur Claude ne fait pas la distinction entre ces différents courants. En relatant les troubles qu’on lui rapporte, il déclare :  « Judeaos, impulsore Chresto assidue tumultuantes, Roma expulit » – « Les Juifs provoquant continuellement des troubles à l’instigation de Chrestos, il les chassa de Rome » (Suétone, Claude, XXV)

De quoi parle le Paul dans ses écrits ?

Tout l’enjeu du message de Paul est d’essayer de faire comprendre à ses frères, l’importance de la personne de Jésus dans l’énoncé de la foi du peuple d’Israël. Il s’y prend en se basant sur les conflits que le peuple d’Israël a eut avec Dieu au cours de l’histoire et que tous connaissent par les textes de l’Ancien Testament et en particulier ceux des prophètes. Ces derniers annoncent qu’à certains moments  le salut n’est offert qu’à un « reste » d’Israël… Ainsi par exemple en Esaïe au chapitre 10 :

20 Ce jour-là, les survivants d’Israël, les rescapés du peuple de Jacob, cesseront de chercher leur appui auprès de celui qui les frappait. Mais ils chercheront secours pour de bon auprès du Seigneur, l’unique vrai Dieu, le Dieu d’Israël. 21 Un reste reviendra ; oui, un reste d’Israël se tournera vers le Dieu fort.

Ainsi dans la lignée des prophètes, Paul croit que seul un petite partie d’Israël sera convaincu que ce Jésus de Nazareth est celui qui doit venir, mais, et chose importante, cette situation n’est pas définitive. Ce « reste » est même la preuve  que Dieu n’a pas « rejeté son peuple » (Romains 11,1). L’ensemble de son argumentation se trouve dans l’épitre aux Romains. Celui-ci, poursuit-il, continue à être « saint », c’est-à-dire en relation étroite avec Dieu. Il est saint, parce qu’il provient d’une racine sainte, ses ancêtres, et parce que ses « prémices » ont été sanctifiées (11,16). En fin de compte, le dessein de Dieu au sujet d’Israël est tout entier positif: « leur faux pas a fait la richesse du monde », « que ne fera pas leur totale participation au salut? » (11,12). Une alliance de miséricorde leur est assurée par Dieu (11,27.31).

La personne de l’apôtre

Paul continue à être fier de son origine juive (Romains 11,1).  Devenu apôtre du Christ, il dit encore, à propos de ses rivaux: « Ils sont Hébreux? moi aussi! Israélites? moi aussi! de la descendance d’Abraham? moi aussi! » (2 Corinthiens 11,22). Mais, Paul est surtout juif de par la façon dont il enseigne. Il utilise les moyens pédagogiques qu’on les maîtres de la loi de l’époque dont les deux plus connus sont

  • l’argument qui dit que si quelque chose est vrai pour un sujet « léger », il l’est d’autant plus pour quelque chose de plus important. Par exemple ; si on saute dans l’eau pour sauver une bête, à fortiori le fera t-on pour sauver un enfant…
  • Le rapprochement de deux sens d’un même mot dans un texte. Par exemple prenez le mot « coupe » sur lequel on peut insister sur l’objet (la belle coupe) ou sur son contenu (le vin)…

D’un autre côté, Paul dans ces messages est confronté à une opposition importante des romains comme de ses frères (2 Corinthiens 11,24.26) et quand ces derniers l’empêche de parler à ceux qui ne sont pas d’origine israélite, l’apôtre se lâche dans des termes difficiles à lire :

14 Frères, vous avez passé par la même expérience que les Églises de Judée, qui appartiennent à Dieu et croient en Jésus-Christ. Vous avez souffert de la part de vos compatriotes ce qu’elles ont souffert de la part des Juifs. 15 Ceux-ci ont mis à mort le Seigneur Jésus et les prophètes, et ils nous ont persécutés. Ils déplaisent à Dieu et sont ennemis de tous les hommes ! 16 Ils veulent nous empêcher d’annoncer aux autres peuples le message qui peut les sauver. Ils complètent ainsi la série de péchés qu’ils ont commis dans tous les temps. Mais la colère de Dieu les a finalement atteints. (1Thessaloniciens 2,14-16)

Conclusion

Sans commentaires, si ce n’est pour dire que les « querelles de clochers », puisque c’est de cela dont il s’agit, ne font pas dans la dentelle. Plus tard, après la destruction du Temple (70), nous serons avec des entités mieux définies… Mais le débat ne sera pas pour autant plus serein. D’autres enjeux se grefferont sur cette question centrale qui occupe Paul, à savoir Jésus.

Guy Labarraque.

Anti-judaisme des Evangiles

Des passages très clairs

Matthieu et l'Ange - Cantarini

Il ne faut pas se le cacher, la rédaction des Evangiles n’est pas en faveur du judaïsme de l’époque, c’est indiscutable. Matthieu au chapitre 27, nous raconte le procès de Jésus. Sous  la pression des autorités religieuses de l’époque et de la foule, le procurateur romain, Pilate, seul habilité à condamner, se laisse convaincre de condamner à mort Jésus :

24 Quand Pilate vit qu’il n’arrivait à rien, mais que l’agitation augmentait, il prit de l’eau, se lava les mains devant la foule et dit : « Je ne suis pas responsable de la mort de cet homme ! C’est votre affaire ! » 25 Toute la foule répondit : « Que les conséquences de sa mort retombent sur nous et sur nos enfants ! » 26 Alors Pilate leur libéra Barabbas ; il fit frapper Jésus à coups de fouet et le livra pour qu’on le cloue sur une croix.

(Traduction en français courant)

C’est donc assez clair… Une foule qui, quoiqu’il arrive, semble vouloir la mort de Jésus ; une foule composée d’Israélites et donc de juifs et qui par conséquent « endossent » la responsabilité de la mort de Jésus.

Alors pourquoi cet « anti-judaisme » de la part du rédacteur de l’Evangile ?

Il faut pour cela se plonger dans la construction même de Nouveau Testament qui date de la fin du premier siècle… Et oui, ce n’est en effet pas au lendemain de la mort de Jésus, ni même après quelques mois que le Nouveau Testament prend forme, mais près de 50 ans plus tard ! Une personne qui écrirait aujourd’hui l’histoire de la seconde guerre mondiale serait dans une situation proche des rédacteurs de l’Evangile de Matthieu.

Il est par conséquent compréhensible, qu’une narration, à propos d’événements vieux de 50 ans, subisse les influences de l’époque à laquelle cette dernière (la narration) est écrite. Or un drame « incalculable pour l’histoire universelle » (Hadas-Lebel, 2004, p.363) se déroule à ce moment-là,  la destruction du temple de Jérusalem (vers 70).

Pour faire vite, Vespasien, excédé par les attitudes rebelles des communautés juives de Jérusalem, confit à son fils, Titus, le soin de reconquérir Jérusalem ; ce qu’il parvient à faire en 70. Cette conquête passe par la destruction du Temple ; ce qui est une catastrophe pour les différentes dénominations religieuses de l’époque attachés au Temple, parmi lesquels se trouvent les partisans de Jésus de Nazareth. Cet événement aura deux conséquences :

  • L’émergence d’un des courants du judaïsme
  • Une interprétation de cet événement opposée de cet événement de la destruction du temple

L’émergence d’un des courants du judaïsme au détriment des autres

Après cette catastrophe le judaïsme très composites est contraint de se réorganiser et cette réorganisation se fait au  au détriment de tous les autres courants issus du judaïsme. Le courant qui émerge est celui qui s’est spécialisé dans l’interprétation de la loi (les pharisiens) et qui instaure comme nouvel édifice, celui de la « loi », puisque le Temple n’est plus… Pour les partisans de Jésus comme pour les autres courants du judaïsme, du reste, la question devient vite celle de savoir comment exister face à cette prise de pouvoir des pharisiens. Il n’est par conséquent pas extraordinaire de voir se greffer des ressentiments à l’égard des pharisiens et plus largement des personnes qui vont à la synagogue chez les partisans de Jésus. Or comme ces derniers s’organisent en se constituant en communauté, mais aussi en écrivant (le Nouveau Testament), il est naturel d’y percevoir le fruit de leur état d’esprit en face de cette situation.

Une interprétation de la destruction du temple 

Nicolas Poussin - La destruction du Temple

Aussi lorsque les front se consolident, lorsqu’on relit l’histoire, ce qui est le cas de la rédaction des Evangiles, une catastrophe de ce type n’est jamais interprétée comme étant seulement le fruit d’un acte politique, mais comme la conséquence d’une punition… Le problème étant que pour les uns, les partisans de Jésus, il est clair que la destruction du Temple est le châtiment de Dieu envers les israélites qui n’ont pas accepté de voir en Jésus le libérateur. En revanche, pour les autres, la destruction du temple est à mettre sur le dos de ces gens qui de par leur croyance, sont à côté de la plaque. L’écart entre courants se poursuit pour aboutir à des ruptures.

Réflexions…

Ainsi la faute des malheurs est toujours attribués à l’autre. Une histoire qui n’est pas sans rappeler l’un des premiers dialogues entre Dieu et l’homme, après que ce dernier eut mangé le fruit de l’arbre défendu… Plutôt que d’assumer son acte, l’homme répond à Dieu qui le cherche :

« 10 L’homme répondit : « Je t’ai entendu dans le jardin. J’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché. » — 11 « Qui t’a appris que tu étais nu, demanda le Seigneur Dieu ; aurais-tu goûté au fruit que je t’avais défendu de manger ? » 12 L’homme répliqua : « C’est la femme que tu m’as donnée pour compagne ; c’est elle qui m’a donné ce fruit, et j’en ai mangé. »

Bref, c’est pas moi, c’est lui ! C’est toujours l’autre ou « il nous faut des coupables ! » Gros travers de l’humanité, pourrait-on dire pour résumer en simplifiant quelque peu, je vous l’accorde les causes de l’anti-judaisme des Evangiles.

Guy Labarraque

Pour aller plus loin…

HADAS-LEBEL, M. (2004), « La destruction du Temple et ses conséquences » in Les premiers temps de l’Eglise, Marie-Françoise Baslez, Paris, Gallimard, pp. 363-371

Adolphe Eichmann

L’un des « soutiens » d’Hitler

Qui était Adolphe Eichmann ? Qu’a t-il fait exactement ? Quel rôle jouait-il dans le système d’anéantissement des juifs d’Europe ?

Un film en trois parties, diffusé d’abord sur Arte puis sur la chaine thématique « histoire », Hitlers Helfer de Lieselotte Trapp datant de 1996, lève le voile. Un film appartenant à une série plus complète au sujets de ceux qui de près ont été les piliers de Hitler.

Au fil de témoignages de ceux qui l’on connus, tant à l’époque tragique qu’au moment de son arrestation, ce documentaire nous introduit à ce personnage complexe et à ses responsabilités dans le drame de la Shoah.

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