Le blog de l'Aumonerie des Gymnases Auguste Piccard et du Bugnon

Une présentation des activités de l'Aumônerie des gymnases

Archives de la catégorie “Pour aller plus loin”

Balises historiques sur les arméniens et le génocide

En guise de prémices

Pour la Turquie ottomane, la première guerre  mondiale est l’occasion de s’affranchir des ingérences des puissances internationales et d’avoir une autonomie territoriale.

  • Le traité de Berlin de 1878 qui mettait clairement sous tutelle l’empire Ottoman au niveau économique, financier et militaire est mal supporté par la classe dirigeante turc. Les arméniens, chrétiens, sont considérés comme des « représentants » des puissances occidentales et par conséquent suspectés de connivence avec l’étranger.
  • Il faut savoir que la Turquie vient juste de sortir d’un conflit qui fait émerger de l’immense empire ottoman une série d’Etats, comme l’actuelle Grèce et la Bulgarie. Cette guerre, dite des « balkans », fait perdre 85% de anciens territoires de la Turquie ottomane. Les populations arméniennes ne cachent pas leur volonté d’indépendance dans cet élan de nationalisme.
  • La première guerre met enfin la Turquie entre deux fronts des puissances de l’entente ; entre l’ouest avec les anglo-français et à lest avec la Russie tsariste. Or l’Arménie en tant que province ottomane est au centre du théâtre des opérations, comme elle l’est depuis toujours.

La grande guerre (1914 – 1918)

Janvier 1915 : désastre des Turcs à Sarıkamış ou de Sarikamis. 90 000 soldat ottomans sont tués. Dans cette bataille entre Turcs et Russes, un fait sera exploité : certains arméniens se rallient aux Russes et ce malgré le fait que  la grande majorité des Arméniens sont dans les forces turques.

Conséquences :

  • désarmement des Arméniens
  • Affectation des Arméniens à des sections de travail

L’ambassadeur allemand demande à ses autorités d’intervenir contre les premiers déplacements de population Arménienne. Walter Osler, le consul Allemands, à Alep informe son ambassadeur que les arméniens sont déportés, parce qu’ils sont arméniens.

Coup d’envoi du Génocide et 4 dates « clefs »

24 avril 1915 : à Van 24 000 arméniens sont massacrés en 4 jours lors du repli de l’Armée ottomane face à l’armée du Tsar. Dans l’enceinte de la ville la résistance des survivants arméniens s’organise, Van est libérée par les troupes du Tsar, mais l’autodéfense de Van sert de prétexte à une rafle à Istambul. On arrête intellectuels, journalistes et autres arméniens sous le motif de trahison. C’est le déclenchement du génocide.

24 mai 1915 : déclaration commune de la France et de l’Angleterre et de la Russie qui dénoncent ces massacres. Le terme de « crime contre l’humanité et la civilisation » apparaît pour la première fois. « En présence de ces nouveaux crimes de la Turquie contre l’humanité et la civilisation, les gouvernements alliés font savoir publiquement à la « sublime porte » qu’ils tiendront personnellement pour responsable des dits crimes tous les membres du gouvernement ottomans ainsi que ceux de ses agents qui se trouveraient impliqués dans de pareils massacres. »

Talaat Pacha, premier ministre, promulgue une « loi provisoire de déportation ». On ne cite pas les Arméniens, mais cette loi officialise les pratiques de spoliation en cours. Les commandants, selon le texte, « peuvent transférer en masse les populations qu’ils soupçonnent coupables de trahison ou d’espionnage. »

30 juin 1915 : Kharput : Leslie Davis, consul américain écrit à son ambassadeur :  « Il s’agit ni plus ni moins de la déportation de toute la population arménienne ; des 6 provinces constituant l’Arménie… Tous doivent être expulsé, entreprise sans précédant dans l’histoire  ».

Le premier génocide du XXème siècle à l’encontre d’un groupe de population est reconnue par la sous-commission de la commission des droits humainsen de l’ONU en 1985.

Guy Labarraque

Sources : le génocide arménien, Laurence Jourdan

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Crime contre l’humanité

Déclaration de mai 1915 de l’Angleterre, la france et la Russie

La définition du crime contre l’humanité a beaucoup évoluée. On en parle pour la première fois dans une déclaration commune de mai 1915 de l’Angleterre, la France et la Russie qui réagisent à aux massacres de 24 000 arméniens dans la ville de Van et à la raffle à Istambul qui suit. Evénements se déroulant entre avril et mais 1915.

« En présence de ces nouveaux crimes de la Turquie contre l’humanité et la civilisation, les gouvernements alliés font savoir publiquement à la « sublime porte » qu’ils tiendront personnellement pour responsable des dits crimes tous les membres du gouvernement ottomans ainsi que ceux de ses agents qui se trouveraient impliqués dans de pareils massacres. »

Accords de Londres : 1945

La reaction des puissances alliées de l’époque est encore une situation de guerre. La définition sera reprise entre1945 (accords de Londres) après la seconde guerre mondiale qui marquee un pas important. La declaration avant de définir le crime contre l’humanité declare en préambule :

« Nous, peuples des nations unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances, à proclamer notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des hommes et des femmes, ainsi que des nations grandes ou petites… ».

Si l’on s’en tient aux éléments communs des différentes textes internationaux, on peut retenir la formule suivante :

« Le crime contre l’humanité est un acte inhumain commis en application d’une politique de persécution menée contre une population civile, de façon massive ou systématique, pour des motifs discriminatoires. »

Le motif discriminatoire désigne un arbitraire qui n’a aucun fondement. Est persécuté, celui qui appartient a une population. Si l’expression de ce crime s’illustre dans le cadre d’un conflit, on le dissocie purement des circonstances de guerre.

Guy Labarraque

Crime de Guerre

Code Lieber : 1863

Guerre de Sécession : Etat-Unis, en 1863 devant l’ampleur du conflit qui oppose des américains du nord et du Sud, le président Lincoln promulgue un texte : Instructions pour les armées en campagne des Etats-Unis d’Amérique, ou Code Lieber du nom de son rédacteur, juriste et philosophe :

« La nécessité militaire n’admet pas le fait d’infliger la souffrance pour elle-même ou par vengeance ni l’acte de blesser ou mutiler si ce n’est en combat, ni la torture pour extorquer des confessions. Elle n’admet d’aucune manière l’usage du poison, ni la dévastation systématique d’une contrée… »

Saint-Pétersbourg : 1868

En Europe, suite aux campagnes dévastatrices de Napoleon III  les dommages de guerre sont innommables. Les nations européennes s’accordent dans un texte signé à Saint-Pétersbourg, le 11 décembre 1868 qui dans l’idée générale souhaite « alléger, autant que faire se peut, les calamités de la guerre »

« Le seul but légitime que les Etats doivent se proposer durant la guerre est l’affaiblissement des forces militaires de l’ennemi… Ce but serait outrepassé par l’emploi d’armes qui aggraveraient inutilement les souffrances des hommes mis hors de combat ou voudraient leur mort inévitable. L’emploi de telles armes serait dès lors contraire aux lois de l’humanité… »

Préambule de la Déclaration de Saint-Petersbourg

Le mot humanité semble ici faire référence au fait de se comporter avec humanité, au sens moral du terme, c’est-à-dire en considérant que l’ennemi est un être humain.

Les Conférences de la Paix de La Haye (1899, 1907)

Un peu plus tard, en 1899, la communauté internationale débat à La Haye de la  » clause de Martens « , concernant les  » lois de l’humanité  » qui figurera au préambule de la convention de La Haye en 1907 sur les lois et coutumes de guerre : « les populations et les belligérants sont sous la sauvegarde et sous l’empire du droit des gens, tels qu’ils résultent […] des lois de l’Humanité […] ».

Le mot Humanité semble ici être pris comme équivalent de l’expression latine gens, qui désignait traditionnellement l’ensemble des nations du monde, c’est-à-dire le nom collectif désignant tous les humains, abstraction faite de leurs nations d’appartenance.

Nuremberg : 1946

La definition est precisée dans la Charte de Nuremberg (1946) à l’article 6b. Le crime de guerre recouvre :

« les violations des lois et coutumes de guerre », c’est-à-dire: « l’assassinat, les mauvais traitements ou la déportation pour des travaux forcés ou pour tout autre but des populations civiles dans les territoires occupés, l’assassinat ou les mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, l’exécution des otages, le pillage des biens publics ou privés, la destruction sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les exigences militaires ».

Deux éléments pour synthétiser :

  • la poursuite de la guerre ne peut justifier de se rendre coupable de tels désastres.
  • Ces crimes entraînent la responsabilité individuelle de ceux qui les commettent.

Guy labarraque

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